Convoqué précipitamment à Paris, par la Croix Rouge Française pour un briefing de départ le 5 janvier 2007, je me suis envolé le lendemain… pour une mission humanitaire en Haïti… d’une durée de 3 mois…

Fonctions : étudier, organiser et suivre la construction de 14 projets visant à protéger des populations des crues cycloniques (1400 morts en 2006) : endiguement de ravine, passerelles sur des rivières, canaux d’évacuation des eaux pluviales, latrines, etc.

Ainsi, en Haïti, j’ai rayonné, à 3 heures de la capitale Port aux Prince, dans 2 provinces : Saint Marc et Mirabelais et sur 14 communes (mais chaque commune est grande comme un département français).

Une seule route goudronnée ; les autres étant des pistes défoncées en terre et poussiéreuses (28 à 30 degrés tous les jours sans une goutte de pluie)

Durées de parcours très longues : vitesses moyennes variant de 10 à 30 km/h.

Malgré les 10 à 12 heures de travail quotidien y compris le samedi et le dimanche matin, le plus difficile à supporter fût l’isolement et l’absence de contact avec les villageois et la population.

Pourquoi ? En raison de l’insécurité permanente qui règnait dans ce pays, le plus pauvre que je connaisse, le plus corrompu de tous les pays (classement mondial sorti le 2/01/2007) où l’état avait démissionné et n’était présent nulle part, avec une justice et une police corrompue et inefficace.

Donc la place était libre pour les gangs, les anciens politiques qui voulaient revenir à la soupe, les mafias (Haïti est aujourd’hui la plaque tournante de la drogue vers les USA), les crapules financières et les racketteurs de tous bords (d’où les enlèvements pour obtenir des rançons et les meurtres quotidiens)

Conclusion : Obligation de se déplacer avec un chauffeur, portes fermées et d’informer sans arrêt le Comité International de la Croix Rouge, sur tous nos déplacements: appel radio au départ et à l’arrivée + parfois appel intermédiaire, même pour un petit déplacement de 300 mètres.

Obligation d’être de retour chez soi ou à l’hôtel avant 17 heures, avec interdiction de sortir… Donc impossibilité de visiter le pays et de rencontrer ses habitants !

Il faut reconnaître que la Croix Rouge est intraitable sur la sécurité de ses membres !

Et j’en suis revenu vivant, mais c’est vraiment l’enfermement moral qui me pesa le plus compte tenu que dans mon secteur géographique, il n’y avait souvent pas de TV, pas de radio, souvent pas de courant, avec un téléphone très déficient …

Les photos présentées sur l’album ont donc été prises rapidement, souvent en voiture, aux alentours des 14 chantiers…